Vivre avec un proche addict : 5 signes que tu t’oublies en essayant de l’aider

Vivre avec un proche addict : 5 signes que tu t’oublies en essayant de l’aider
Dans les avions, on nous répète toujours la même consigne :

En cas d’urgence, mettez votre propre masque à oxygène avant d’aider la personne à côté de vous.

Même si cette personne est votre enfant.

Cette consigne peut sembler presque contre-nature.

Parce que lorsqu’on aime quelqu’un de tout son être — son enfant, son conjoint, son frère, sa sœur, son parent — notre premier réflexe n’est pas de penser à nous.

C’est de l’aider.

De le protéger. De chercher une solution. De comprendre. De réparer.

Et quand cette personne souffre d’une addiction, ce réflexe peut progressivement prendre toute la place.

On surveille.
On anticipe.
On cherche.
On explique.
On pardonne.
On répare.
On espère.

Encore et encore.

Jusqu’au jour où l’on réalise que l’on ne sait même plus très bien comment nous, nous allons.

Parce qu’on ne peut pas continuer indéfiniment à aider quelqu’un lorsqu’on manque soi-même d’oxygène.

Quand on ne dort plus.

Quand notre esprit est tellement embrumé par la peur, la colère et l’épuisement qu’on ne sait plus comment avancer.

Quand on ne se souvient plus de la dernière fois où l’on a vraiment ri.

Quand on a tellement pleuré qu’on a l’impression de ne même plus avoir de larmes.

Et surtout, quand toute notre existence finit par tourner autour d’une seule personne et de son addiction.

On ne décide pas de s’oublier.

Cela arrive doucement.

Voici cinq signes qui peuvent indiquer qu’à force d’essayer d’aider quelqu’un que tu aimes, tu as commencé à disparaître de ta propre vie.

1. L’addiction de l’autre est devenue ton obsession

Au début, on cherche simplement à comprendre.

Puis les questions commencent à occuper de plus en plus de place.

Est-ce qu’il a bu ? Où est-elle ? Pourquoi ne répond-il pas ? Est-ce qu’elle me ment ? Est-ce qu’il va recommencer ?

Tu peux être au travail et y penser.

Déjeuner avec une amie et regarder ton téléphone.

Jouer avec ton enfant tout en te demandant où est cachée la bouteille que tu pensais avoir vue.

Et c’est peut-être cela le plus douloureux.

Pendant que ton esprit cherche constamment à comprendre ce qui se passe chez l’autre, ta propre vie continue.

Le rire de ton enfant est là.

Le soleil entre par la fenêtre.

Une amie te raconte quelque chose qui autrefois t’aurait fait rire.

Mais une partie de toi est ailleurs.

Toujours ailleurs.

2. Tu vis en état d’alerte permanent

Tu connais le bruit de ses pas.

Sa façon de poser ses clés.

Une certaine expression dans son regard.

Le ton particulier de sa voix.

Parfois, tu sais qu’il ou elle a consommé avant même qu’un mot soit prononcé.

Ton corps a appris à repérer les signes.

Alors tu anticipes.

Parce qu’anticiper donne l’impression que, peut-être, cette fois, tu pourras empêcher ce qui va arriver.

Le problème, c’est qu’à force d’attendre la prochaine crise, même les moments calmes ne sont plus vraiment calmes.

Une partie de toi reste en veille.

Prête.

Au cas où.

3. Tu essaies de contrôler ce qui est devenu incontrôlable

Alors tu vérifies.

Les bouteilles. Le téléphone. Le compte bancaire. Les horaires. Les trajets.

Peut-être es-tu même déjà montée dans ta voiture pour vérifier s’il était réellement au bar alors que tes enfants étaient à la maison.

Puis tu es rentrée avec une deuxième souffrance :

« Mais qu’est-ce que je suis en train de devenir ? »

Et la culpabilité arrive.

Pourtant, tu ne t’es pas réveillée un matin en décidant de devenir méfiante, contrôlante ou obsédée.

Tu t’es adaptée, petit à petit, à une situation devenue imprévisible.

Le contrôle donne une sensation de sécurité.

Mais cette sécurité est fragile.

Parce qu’on peut trouver la bouteille.

Découvrir le mensonge.

Vérifier le compte.

Savoir exactement où l’autre se trouve.

Et malgré tout cela, on ne peut toujours pas décider à sa place de ce qu’il fera demain.

4. Toute ta possibilité d’aller mieux dépend de son changement

« S’il arrêtait de boire, je pourrais enfin être heureuse. »

« Si elle acceptait de se faire soigner… »

« S’il reconnaissait seulement qu’il ment… »

Et bien sûr que les comportements d’une personne dépendante ont des conséquences réelles sur ceux qui vivent autour d’elle.

Il ne s’agit pas de prétendre le contraire.

Mais progressivement, quelque chose peut arriver : toute possibilité d’aller mieux est remise entre les mains de l’autre.

Ta tranquillité dépend de sa sobriété.

Ton humeur de la sienne.

Ton avenir de ses décisions.

Tu te sens victime de ce qui t’arrive — et parfois tu l’es réellement — mais tu peux aussi finir par croire que tu ne retrouveras aucun pouvoir sur ta vie tant que lui ne changera pas.

Et c’est une prison terrible.

5. Le miroir est toujours tourné vers l’autre

Pourquoi est-ce qu’il fait ça ?

Pourquoi est-ce qu’elle ment ?

Pourquoi ne comprend-il pas ?

Comment peut-elle recommencer après tout ce qui s’est passé ?

Toute notre énergie est dirigée vers la compréhension de l’autre.

J’utilise souvent une image un peu absurde pour décrire ces discussions.

Imagine que tu vois un chat noir devant toi.

Tu dis :

« Ce chat est noir. »

La personne en face t’affirme qu’il est blanc.

Alors tu argumentes.

Tu expliques.

Tu montres le chat.

Et une heure plus tard, tu es toujours en train de discuter de sa couleur.

À ce stade, tu ne cherches même plus vraiment à convaincre l’autre.

Tu essaies de te rassurer toi-même :

« Je ne suis quand même pas folle. Je sais ce que j’ai vu. »

Quand on vit longtemps dans le mensonge, le déni ou les promesses répétées, on peut finir par chercher chez l’autre la confirmation de sa propre réalité.

Et pendant tout ce temps passé à regarder l’autre, il y a une personne que l’on ne regarde presque plus :

soi-même.

Et si tu remettais ton propre masque ?

Peut-être t’es-tu reconnue dans une seule de ces situations.

Peut-être dans les cinq.

Il ne s’agit pas maintenant de te juger pour avoir contrôlé, surveillé, pardonné, crié, vérifié ou essayé de sauver quelqu’un que tu aimes.

Tu as probablement fait ce que tu pouvais avec une situation extrêmement difficile.

Mais comprendre pourquoi nous en sommes arrivés là ne signifie pas que nous devons y rester.

Il existe trois réalités difficiles à accepter lorsque l’on vit auprès d’une personne souffrant d’addiction :

Tu ne l’as pas causée.

Tu n’es pas responsable de l’addiction d’un autre adulte.

Tu ne peux pas la contrôler.

Aucune surveillance, aucun argument et aucune preuve ne peut garantir ce que l’autre décidera de faire.

Tu ne peux pas la guérir à sa place.

Tu peux aimer. Soutenir. Encourager. Proposer de l’aide.

Mais son chemin lui appartient.

Cela peut d’abord ressembler à une terrible déclaration d’impuissance.

Pourtant, c’est peut-être exactement là qu’une petite lumière apparaît.

Parce qu’il reste une personne sur laquelle tu peux commencer à agir :

toi.

Revenir à toi ne signifie pas forcément partir.

Cela ne signifie pas cesser d’aimer.

Cela ne signifie pas abandonner quelqu’un au moment où il souffre.

Cela peut commencer par apprendre à poser des limites qui parlent de toi, plutôt que d’essayer d’imposer des règles à l’autre.

Pas : « Tu dois arrêter de boire. »

Mais : « Je ne discuterai pas avec toi lorsque tu as consommé. »

Cela peut être arrêter de réparer systématiquement les conséquences de ses choix.

Arrêter certaines discussions impossibles.

Accepter que tu n’as pas besoin de convaincre quelqu’un que le chat est noir pour savoir ce que toi, tu vois.

C’est ce que j’appelle se détacher avec amour.

Pouvoir aimer sans tout porter.

Être présente sans tout réparer.

Soutenir sans se sacrifier.

Et certains jours, cela commence simplement par aujourd’hui.

Pas les six prochains mois.

Pas « Est-ce qu’il guérira ? »

Pas « Est-ce que je dois rester ou partir ? »

Aujourd’hui.

Qu’est-ce qui m’appartient ?

Qu’est-ce qui appartient à l’autre ?

Et de quoi ai-je besoin aujourd’hui pour respirer un peu mieux ?

Parce qu’il y a finalement quelque chose que l’image du masque à oxygène ne dit pas assez.

On pourrait croire qu’il faut mettre son masque en premier uniquement pour être suffisamment forte pour continuer à aider l’autre.

Non.

Tu mets aussi ton masque parce que toi aussi, tu as le droit de respirer.



Si tu as reconnu ta vie dans ces mots, peut-être que ton premier pas n’est pas de trouver une nouvelle solution pour l’autre.

Peut-être que, pour une fois, nous pouvons parler de toi.

Je propose un appel découverte de 20 minutes, offert et sans engagement, pour poser ce que tu vis, sans jugement, et commencer à regarder où se trouve encore ton pouvoir d’action.

Hélène
Accompagnement « À contre-courant »

Retour en haut