Relation parent-enfant : depuis quand avons-nous commencé à nous méfier d'eux ?
Et si nous faisions enfin confiance à nos enfants ?
La prochaine fois que votre enfant fera quelque chose qui vous agace, essayez peut-être de vous poser une seule question avant de penser : « Il le fait exprès. »
Et si ce n'était pas le cas ?
Cette question peut sembler toute simple. Pourtant, elle peut changer complètement notre manière de regarder un enfant. Parce que très souvent, nous observons son comportement avec nos yeux d'adultes.
Un enfant touche quelque chose malgré notre interdiction. « Il le fait exprès. »
Il recommence après qu'on lui a dit non. « Il nous teste. »
Il pleure lorsque nous lui refusons quelque chose. « Il fait un caprice. »
Il cherche notre attention. « Il nous manipule. »
Et si, avant de chercher ce qu'il essaie de nous faire, nous cherchions simplement à comprendre ce qui lui arrive ?
Et si la méfiance commençait dès le berceau ?
Parfois, je me demande si nous n'apprenons pas très tôt à nous méfier des besoins des bébés.
Un bébé pleure. « Ne le prends pas tout de suite, tu vas l'habituer aux bras. »
Il réclame le sein. « Attention, il va devenir dépendant. »
Il a besoin de proximité. « Il faut déjà lui apprendre à être autonome. »
Il se réveille la nuit. « Il faut lui apprendre à dormir seul. »
Bien sûr, les parents ont besoin d'informations fiables. Bien sûr, certaines pratiques doivent être adaptées à la sécurité du bébé. Mais derrière toutes ces recommandations, il y a parfois une idée beaucoup plus ancienne qui s'est installée dans notre culture : Et si nous répondions trop à ses besoins ?
Comme si répondre au besoin d'un bébé risquait de lui donner trop de pouvoir. Comme si un bébé pouvait prendre le contrôle de sa famille simplement parce qu'il pleure, cherche les bras, tète souvent ou a besoin de proximité.
Mais un bébé ne possède pas encore les capacités cérébrales pour élaborer toutes ces stratégies que nous lui prêtons parfois. Il dépend entièrement de nous. Il ne sait pas marcher, il ne sait pas parler, il ne sait pas se nourrir seul, et il ne sait pas encore réguler seul toutes les émotions qui le traversent.
Ses pleurs sont un moyen de communication.
Il ne nous donne pas du fil à retordre : il nous donne une information.
Un enfant n'est pas un adulte miniature
Et pourtant, plus l'enfant grandit, plus nous lui prêtons facilement des intentions d'adulte.
Il refuse de mettre ses chaussures. « Il cherche à me pousser à bout. »
Il hurle parce qu'il doit quitter le parc. « Il sait très bien ce qu'il fait. »
Il touche encore quelque chose qui lui est interdit. « Il se moque de ce que je lui dis. »
Il frappe son petit frère. « Il est méchant. »
Mais un enfant peut savoir qu'une règle existe sans être capable de la respecter parfaitement dans toutes les circonstances. Il peut comprendre que frapper fait mal et pourtant perdre le contrôle lorsqu'une émotion devient trop grande. Il peut connaître une règle et avoir encore besoin de nous pour apprendre à la respecter.
Savoir n'est pas encore savoir faire.
C'est précisément pour cela que les enfants ont besoin d'adultes : pas pour être surveillés comme de petits êtres suspects, mais pour être guidés, protégés et accompagnés dans la gestion de leurs émotions.
Faire confiance ne signifie pas tout permettre
Faire confiance à un enfant ne signifie évidemment pas le laisser faire tout ce qu'il souhaite. Un enfant qui court vers une route doit être arrêté. Un enfant qui frappe doit être empêché de faire mal. Un enfant doit apprendre que ses actes ont des conséquences sur les autres, il doit apprendre le respect et découvrir progressivement les règles qui permettent de vivre ensemble.
Les limites sont indispensables.
Mais poser une limite ne nécessite pas de considérer l'enfant comme notre adversaire. Je peux dire : « Je ne te laisserai pas traverser la route » sans lui faire croire qu'il est mauvais. Je peux empêcher un enfant de frapper sans lui dire qu'il est méchant. Je peux maintenir un « non » tout en reconnaissant sa déception.
Je peux dire :
« Je vois que tu es très en colère. Ma réponse reste non. Et je vais t'aider à traverser cette colère. »
Comprendre n'est pas céder. Respecter n'est pas tout autoriser. Faire confiance n'est pas abandonner les limites.
Mais respectons-nous vraiment les enfants ?
Nous demandons beaucoup aux enfants : de respecter les adultes, de respecter les règles, de respecter les autres, de contrôler leurs émotions, de patienter, de partager, de dire bonjour, de ne pas interrompre... Et c'est normal, ils grandissent dans un monde qu'ils doivent apprendre à comprendre.
Mais une question mérite peut-être d'être posée : Est-ce que nous leur accordons le même respect que celui que nous exigeons d'eux ?
Accepterions-nous qu'un adulte nous dise constamment : « Parce que j'ai dit non », « Tu n'as pas ton mot à dire », « Arrête de pleurer », « Tu le fais exprès », « Tu cherches les ennuis » ou « Tu es vraiment pénible » ?
Alors pourquoi ces paroles nous semblent-elles parfois normales lorsqu'elles s'adressent à un enfant ? Peut-être parce que l'enfant est petit, parce qu'il dépend de nous, parce que nous savons qu'il ne peut pas encore comprendre certaines things.
Mais justement : notre pouvoir sur lui est immense. Et plus un être dépend de nous, plus notre responsabilité est grande.
Et si nous arrêtions de tout transformer en problème ?
Un enfant renverse son verre. Il met son pull à l'envers. Il oublie encore ses chaussures. Il répond quelque chose d'absurde avec le plus grand sérieux du monde.
Et si, parfois, nous pouvions simplement en rire avec lui ?
L'éducation est une chose sérieuse. Mais cela ne veut pas dire que nous devons nous prendre au sérieux tout le temps.
Un verre renversé n'a pas toujours besoin de devenir une leçon sur la responsabilité. Parfois, on nettoie, on souffle, on en rit et on passe à autre chose. Parce que grandir, c'est aussi se tromper, recommencer et apprendre sans que chaque petite erreur devienne une bataille.
Et si nous changions simplement la question ?
La prochaine fois que votre enfant fera quelque chose qui vous agace, avant de penser : « Il le fait exprès », essayez peut-être de vous demander : « Que se passe-t-il pour lui ? »
Cette question ne supprimera pas les crises. Elle ne transformera pas votre enfant en petit être parfaitement coopératif. Elle ne vous empêchera pas de dire non. Mais elle peut changer quelque شيء d'essentiel : le regard que vous portez sur lui, et peut-être aussi le regard que vous portez sur vous-même.
Parce qu'entre les conseils, les injonctions, les « il faut » et les « attention, vous allez l'habituer », il est parfois difficile pour un parent d'entendre encore sa propre voix.
Alors peut-être que nous n'avons pas besoin de faire davantage confiance à notre enfant pour tout savoir ou tout décider. Peut-être avons-nous simplement besoin de lui faire confiance sur une chose essentielle : il est en train d'apprendre.
Il va se tromper. Il va recommencer. Il va parfois dépasser les limites. Il va parfois nous rendre fous. Et il aura besoin que nous soyons là — pas comme des policiers surveillant chacun de ses faux pas, mais comme des adultes suffisamment solides pour le guider sans cesser de croire en lui.
Parce qu'un enfant n'est pas notre adversaire. Il me semble essentiel de rappeler qu'il est un être humain en construction qui a besoin de notre force, de nos limites, de notre protection… et de notre confiance.
Et peut-être que la prochaine fois que votre enfant fera quelque chose qui vous agace, vous vous souviendrez simplement de cette question : « Et si je choisissais de lui faire confiance ? »
C'est parfois difficile. Parce que derrière le comportement de notre enfant se réveillent aussi notre fatigue, notre propre histoire, nos croyances et nos peurs.
Comprendre ce qui se joue permet parfois de sortir du rapport de force et de retrouver une relation plus sereine avec son enfant. C'est ce que je propose dans mes accompagnements parentaux : aider les parents à comprendre ce qui se cache derrière les comportements de leur enfant, tout en trouvant des limites qui protègent à la fois l'enfant, le parent et la relation.
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Parce qu'un enfant n'a pas besoin que nous cessions d'être ses parents.
Il a besoin que nous soyons ses adultes.
Hélène
Accompagnante parentale

